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Les Résistants pour la Terre sont des femmes et des hommes ordinaires qui sont entrés en lutte, parfois au péril de leur vie, pour protéger notre environnement et restaurer son équilibre.

L'association « Résistants pour la Terre » a pour but de les repérer et agir en leur faveur.

www.resistantspourlaterre.org


dimanche 29 mai 2011

Manana Kochladze, vigilance géorgienne.



Pour que les projets appuyés par les Institutions Financières Internationales n’oublient pas les citoyens ordinaires.

Tbilissi est en fleur, il y fait bon vivre au printemps. J’y rencontre une femme qui a construit son destin de sa propre volonté. Manana Kochladze a décidé de se consacrer à la protection et des ressources naturelles et des hommes et femmes de son pays.

Manana Kochladze, Tbilissi

De formation scientifique, Manana a quitté la sphère académique pour fonder Green Alternative, l’une des plus importantes ONGs de Géorgie aujourd’hui. « Je suis une biologiste et en tant que telle je m’intéresse aux problématiques environnementales. J’ai décidé qu’il serait mieux d’essayer d’avoir un réel impact sur le pays dès aujourd’hui, plutôt que d’attendre des années que mes travaux scientifiques en aient un. »

Au sein de son association, elle a mené l’une des plus importantes campagnes environnementales dans l’histoire récente de la Géorgie, autour de la construction de l’oléoduc Baku-Tbilisi-Ceyhan, un projet de 3 milliards de dollars mené par British Petroleum. Pour la Géorgie, qui est confrontée à la pauvreté et à l’instabilité politique depuis son indépendance de la Russie en 1991, cet oléoduc  représentait d’importants investissements étrangers et la possibilité de pénétrer les marchés occidentaux. Pour les Etats-Unis, fervent supporter du projet, cet oléoduc est un moyen stratégique de réduire leur dépendance énergétique en utilisant les réserves de pétrole de la mer Caspienne sans passer ni par l’Iran ni par la Russie. Long de 1770 km, il achemine près d’un million de barils de pétrole par jour à travers l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie d’où partent des pétroliers géants vers l’Europe.



« Ce projet était si important que nous savions que nous ne pourrions pas le stopper. Nous avons donc décidé d’envisager une approche plus réaliste en nous assurant que ce projet, financé par la Banque Mondiale, puisse apporter de réels bénéfices aux populations de la région, et pas seulement aux entreprises ».

Construction de l'oleoduc

Manana et son équipe ont travaillé de concert avec les communautés directement affectées par la construction de l’oléoduc, leur apprenant quels étaient leurs droits, leur fournissant une assistance légale lors de conflits…  Mais ce projet a conduit à bien plus de frustrations qu’il n’était escompté. Alors que les rapports officiels essaient d’illustrer à quel point ce projet est positif pour l’économie géorgienne, de nombreux articles de la presse locale et internationale en démontrent l’inverse.  Les pertes pour la population géorgienne l’emportent sur les bénéfices (routes et maisons endommagées, perte de revenus). Pour une partie de cette population, ce projet d’oléoduc s’est donc transformé en piège,  les empêchant de sortir de la pauvreté.

Maison detruite par le passage incessant de camions 

Manifestations des ouvriers du chantier

Courageuse,  tenace,Manana a néanmoins réussi à remporter d’importantes concessions du gouvernement etdes industries multinationales impliquées, que ce soit au niveau de compensations pour les habitants des zones concernées et plus globalement pour la protection de leur environnement. Ce qui fut une victoire de taille pour une jeune démocratie émergeant de l’ancien bloc communiste !

Aujourd’hui, Manana est moins sur le terrain mais elle demeure les yeux et les oreilles des citoyens ordinaires de Géorgie,ens’assurant que leurs intérêts sont bien pris en compte. Elle oriente le travail des politiques et leur fournit des recommandations sur les axes à emprunter. « C’est moins excitant, cela peut être épuisant et frustrant car il faut sans cesse recommencer mais c’est une réalité du travail : fournir une expertise qui devrait permettre de faire les bons choix… »

Et pour ces nouveaux combats qui émergent quotidiennement sur le terrain, la relève est déjà là, à ses côtés. Comme David Chipashvili qui accompagne les habitants d’un quartier de Tbilissi afin qu’ils obtiennent de justes compensations pour la destruction de leurs maisons.

David vient donner des nouvelles aux habitants

Manana conclue «au départ, nous ne pensions pas à l’aspect social ou économique du problème. Mais nous avons compris que le point central réside justement dans l’intégration de ces points – ce qui est bien plus bénéfique pour la population et plus efficace pour la protection de l’environnement. »


Pour en savoir plus :

Sur l’ONG Green Alternative :www.greenalt.org

Sur le Prix Goldman : www.goldmanprize.org